COP27 en Egypte : Le Président de la BOAD présente les enjeux pour la finance climat

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« 25% des engagements totaux de la BOAD aux financements climat»

Le sommet sur le climat dénommé COP27 est ouvert dimanche 6 novembre à Sharm-El-Sheikh en Egypte et vise la réduction des émissions de CO2 et le financement des dégâts irréversibles du changement climatique. Tous les décideurs et financiers des quatre coins du monde prennent part à cet sommet de haut niveau dont le président de la Banque Ouest Africaine de Développement Serge EKUE. Lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi 09 novembre 2022, le président de la BOAD a présenté les enjeux de l’institution régionale pour le financement du climat.

Face aux hommes des médias internationaux, le président de la boad a passé au scanner les nouveaux défis de l’institution qu’il préside. Il a fait savoir que la BOAD, dans sa mission et sa vision, porte, en elle, l’ADN du développement. Elle porte et soutient le développement des huit pays de la zone UEMOA. Depuis sa création, elle se consacre à l’intégration économique et au développement de la sous-région Ouest africaine. Son expertise et ses acquis s’étendent sur près de 50 ans, dans les secteurs et les leviers du développement, les opérations et les territoires.  La présence de la BOAD à la COP27 constitue un tournant. Pour la BOAD, 2023 représente l’année de la maturité, puisqu’elle célèbre ses 50 ans et doit incarner un tournant, marquer un changement, créer la différence. « Il nous faut entrer dans une nouvelle dynamique de notre action en faveur du climat. Il nous faut valoriser notre expertise et exprimer nos engagements (la BOAD, c’est 825 Mds de francs CFA alloués aux financements climat). Soutien des états aux CDN, il nous faut nous projeter dans l’avenir, en consolidant nos acquis, en affirmant notre leadership et notre expertise ; Concilier Développement & Climat, certes, assurément, mais cela n’est que le point de départ, la première étape de notre nouvelle démarche », a indiqué Serge EKUE.

Axe 3 du Plan DJOLIBA en faveur de la résilience

Le Président de la BOAD a abordé quelques axes du nouveau plan de développement de l’institution.  « Notre participation à la COP27 est pour notre institution, l’occasion pour nous de réaffirmer notre engagement, en tant que Banque de développement, à accompagner nos Etats sur les questions relatives aux changements climatiques ».

25% des engagements totaux de la BOAD aux financements climat

La BOAD prévoit d’allouer 25% de ses engagements totaux aux financements climat, soit environ 825 milliards de FCFA sur la période 2021-2025 pour accompagner ses Etats membres dans le financement de leurs Contributions Déterminées Nationales (CDN) selon le nouveau plan stratégique de l’institution. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), bras financier et institution, cœur de cible du financement du développement des Etats membres de l’UEMOA s’est doté d’un plan stratégique intitulé Plan Djoliba 2021-­2025 avec pour vision de faire de la BOAD, « la Banque de référence, pour un impact durable sur l’intégration et la transformation de l’Afrique de l’Ouest ». Il me semble intéressant de relever que ce plan, mis en œuvre depuis janvier 2021, s’inscrit dans l’ambition de la Banque de contribuer à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) et prévoit des engagements annuels moyens de 659 milliards FCFA (environ 1 milliard d’euros), soit un total de 3 293,5 milliards FCFA (5 milliards d’euros) sur les cinq années à venir. Il est articulé en 5 axes stratégiques. Le 3ème qui consiste à renforcer la résilience au changement climatique, est celui qui détermine l’ambition et le positionnement Climat de la BOAD. Cette ambition est circonscrite dans la nouvelle stratégie environnement et climat 2021-2025 qui ambitionne de positionner la BOAD comme la Banque de référence au cœur de l’action environnementale et climatique pour le développement durable de l’UEMOA « . Il est établi que, dès la prochaine génération, une augmentation de température de 1,5°C induirait une baisse du PIB par habitant de 15 à 20% dans tous les pays de l’UEMOA comparée à un scénario sans changement climatique. C’est d’autant plus injuste que notre continent est celui qui a le moins contribué au réchauffement climatique, et le moins de bénéfices des externalités positives de l’industrialisation mondiale.

Sur ce point, le président de la BOAD, explique : « conscient de ces défis, nous nous positionnons pour catalyser un changement de paradigme, afin d’accélérer l’adaptation et la résilience au changement climatique et d’assurer une croissance économique soutenue, stable et verte. Cela consistera à soutenir le financement des actions prévues dans les Contributions Déterminées au Niveau National (CDN) de nos Etats membres. Les CDN sont les engagements à réduire les émissions nationales et à s’adapter aux impacts du changement climatique. Leur coût total est estimé à environ 100 milliards de dollars US, à l’horizon 2030 ».

La BOAD prévoit donc d’allouer 25% de ses engagements aux financements climat, soit environ 825 milliards de FCFA sur la période 2021-2025 avec un effet de levier attendu de 10% auprès des Partenaires, des Fonds et du marché des capitaux. Ces ressources serviront à accompagner les Etats de l’UEMOA dans la lutte contre les changements climatiques en renforçant leurs capacités à : (i) surmonter l’insécurité alimentaire à travers l’agriculture climato-intelligente, (ii) promouvoir l’accès à l’énergie propre pour stimuler la croissance économique et la création d’emplois, (iii) développer des modèles d’urbanisation durable avec des villes vertes et des infrastructures résilientes aux changements climatiques, (iv) permettre l’anticipation et la gestion les chocs climatiques, et (v) inciter à la mobilisation et au verdissement du secteur financier. La BOAD entend renforcer son cadre de partenariat avec des acteurs de premier rang intervenant dans la sous-région ouest africaine, et partageant la même vision d’engagement et de cristallisation des actions climatiques pour le renforcement de la résilience de ses pays membres, face aux conséquences des changements climatiques.

 « Pour atteindre ces niveaux de financements ambitieux, nous exploiterons tous les mécanismes de mobilisation de la finance climat afin de couvrir les besoins exprimés par les Etats dans leurs CDN à un niveau appréciable (au moins 10%, soit 10 milliards USD, environ 5000 milliards FCFA), à l’horizon 2025. A travers ces engagements, notre ambition est de contribuer à la réduction d’environ 18 millions de tonnes de CO2 dans la zone UEMOA, de renforcer la résilience des populations et des territoires de la zone.

Parce que nous sommes conscients qu’il nous faut conjuguer nos efforts avec les autres partenaires intervenant dans la sous-région ouest africaine afin de concilier Climat et Développement. Nous avons ainsi mobilisé d’importantes ressources dédiées à la lutte contre les changements climatiques, à travers nos partenaires financiers et techniques à savoir : les trois (3) Fonds climat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) (Fonds d’Adaptation, Fonds pour l’Environnement Mondial et Fonds Vert pour le Climat) auprès desquels la BOAD est accréditée. Dans ce cadre, neuf (9) projets ont fait l’objet de financements pour un montant total de 150 milliards FCFA répartis en Prêts concessionnels et en Dons. Ces ressources visent à soutenir des projets d’atténuation et d’adaptation dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, et de gestion des déchets.  En exemple, nous pouvons citer le déploiement de mini-réseaux solaires dans 1000 villages isolés du Sénégal, et l’électrification au Mali, de 70 communautés rurales à travers des systèmes photovoltaïques. Il est à noter que le niveau des ressources mobilisées au niveau de ces Fonds est appréciable, au regard de la performance d’autres entités accréditées en Afrique. Toutefois, en optimisant ces pratiques, la Banque pourrait mobiliser 500 millions USD (environ 250 milliards FCFA) auprès de ces Fonds, sur la période 2021-2025 ».

La mobilisation de ressources financières auprès de ces Fonds

Pour les prochaines années, la Banque entend renforcer la mobilisation de ressources financières auprès de ses partenaires financiers et techniques. Il s’agit de : l’Agence Française de Développement (AFD) à travers une Assistance Technique Climat et une Ligne de crédit climat ; le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention d’Abidjan ; l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP-FI) dans le cadre d’un partenariat pour une Banque Responsable ; le Global Green Grow Institute (GGGI) pour la mise en œuvre concertée de projets climat ; la BAD dans le cadre du renforcement de son Système de Gestion Environnementale et Sociale ; le CILSS, le Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel ; WASCAL, le West African Science Service Center on Climate Change and Adapted Land Use. Par ailleurs, la BOAD dispose d’une bonne expérience dans les émissions d’Obligations vertes. Elle a déjà réussi à mobiliser 400 milliards FCFA en 2021. Ainsi, sur la base du même framework utilisé en 2021, elle pourrait envisager la mobilisation de 1000 milliards FCFA, chaque année, et participer ainsi à l’atteinte d’environ 20% des objectifs des pays de l’UEMOA définis dans leurs documents de Contributions Déterminées au Niveau National (CDN).

La nouvelle démarche pour le financement du climat

La nouvelle démarche Climat de la BOAD consiste à aller plus loin dans son engagement aussi bien en compte propre (Green building, Green Transportation, Green IT), que dans sa relation à ses partenaires (y compris ses fournisseurs avec une politique d’achats responsables).Sur ce point, le président de la BOAD a confié : « nous nous engageons à aller plus loin dans notre démarche climat. En effet, au-delà d’avoir intégré dans nos stratégies opérationnelles, les exigences du développement durable depuis les années 2000, nous nous sommes engagés, depuis plusieurs années, à faire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) un avantage concurrentiel majeur, tant dans le cadre de nos activités opérationnelles de financement que pour soutenir notre performance financière à moyen et long terme en évitant les risques émergents liés aux facteurs ESG. Notre ambition étant d’une part, de créer de la valeur soutenable pour toute la sous-région et, d’autre part, de contribuer à la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD).

Les piliers de l’engagement

L’engagement est structuré en cinq (05) piliers, à savoir : l’approfondissement d’une gouvernance responsable dans la conduite de ses activités ; une contribution renforcée au respect des droits de l’homme et au développement des zones d’intervention ; une participation active et directe à la lutte contre les changements climatiques par la mitigation des impacts environnementaux ; la réaffirmation du respect vis-à-vis des partenaires d’affaires (clients-emprunteurs, fournisseurs, Etats…), en prenant soin de diffuser, de façon graduelle auprès de ces derniers et de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, les principes forts de son approche sociétale; le développement du capital humain, tant sur l’amélioration continuelle des conditions et du cadre de travail que sur le renforcement des capacités et la montée en compétences et en responsabilité des membres du personnel.

La BOAD s’implique donc elle-même sur ces questions avec toutes ses parties prenantes. « A titre d’exemple, nous avons lancé le projet RSE intitulé «100 millions d’arbres » visualisé sur un horizon de 05 à 10 ans et qui sera intégré à l’ambitieux programme régional de Grande Muraille Verte. Il s’agit, face à la dégradation des sols, de déterminer les zones à reboiser prioritairement pour obtenir des résultats économiques, sociaux et environnementaux rapides. S’agissant de la neutralité carbone, la BOAD s’est positionnée sur une expérience pilote à son siège dont la 1ère phase a été lancée courant l’année 2019. Cette première phase consiste, entre autres, à l’alimentation énergétique partielle des bâtiments par des panneaux solaires. La COP 27 est pour nous l’occasion de réaffirmer nos engagements pour soutenir un développement durable de nos Etats membres et à poursuivre les échanges avec nos différents partenaires afin de renforcer nos actions et les synergies utiles à la concrétisation de nos ambitions », a précisé le président de la BOAD.

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